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Voyage de presse AMMA 2006

Du 5 au 11 juillet 2006, une trentaine de personnes, dont une vingtaine de journalistes scientifiques de France, d’Afrique, d’Allemagne et d’Angleterre, s’est rendue sur les sites expérimentaux d’AMMA au Bénin et au Niger. Ce voyage de presse s’est tenu dans le cadre de la communication externe d’AMMA et avait pour but d’informer sur les objectifs d’AMMA, sa mise en place sur le terrain et le déploiement des instruments en Afrique de l’Ouest. Ce voyage a aussi été l’occasion d’assister au Lancement officiel de la troisième SOP, devant débuter le 15 juillet.

Compte-rendu du voyage

"Voyage au coeur de la mousson africaine"

Par Philippe Collot, CNES

Une forte mobilisation internationale a permis cet été 2006 de déployer un dispositif sans précédent dans le cadre du programme pluriannuel AMMA (Analyse Multidisciplinaire de la Mousson Africaine) d’étude de la mousson en Afrique de l’Ouest. Un voyage de presse s’est déroulé du 5 au 11 juillet 2006, entre Cotonou (Bénin) et Niamey (Niger).

Pour la plupart des gens, la mousson est localisée sur la péninsule indienne. Pourtant, la mousson existe en différents points du globe. Il s’agit en fait d’un phénomène saisonnier de la saison des pluies dans lequel des vents venant de l’océan traversent l’équateur pour atteindre un continent où ils provoquent d’importantes précipitations.

L’Afrique de l’ouest, bordée au sud par le golfe de Guinée, est un parfait exemple de phénomène de mousson, d’autant plus intéressant qu’aucune grande chaine montagneuse n’en perturbe les effets (contrairement à l’Himalaya en Inde, bien que son influence ne soit pas à ce jour démontrée).
De surcroit, au-delà de l’intérêt scientifique et la perspective de modélisation du climat de cette partie du monde, il y a de réelles attentes des autorités et des populations face à une raréfaction des pluies en Afrique subsaharienne. Le Sahel a en effet connu depuis les années 60 une diminution de pluviométrie de près de 40 %. L’impact de la mousson sur les populations réside non seulement sur la quantité d’eau disponible mais aussi sur la variabilité interannuelle. Contrairement à la zone saharienne où l’homme à adapté son mode de vie à la quasi absence d’eau de surface, le Sahel est sujet à des variations d’une année sur l’autre qui rendent d’autant plus difficiles la mise en place de stratégies agricoles.

Débutée dès 2002 et ce jusqu’en 2007 minimum, la campagne AMMA 2006 apparait comme le point culminant des études scientifiques mise en œuvre. Pas moins de trente pays (Europe-Afrique-Amériques) ont conjugué leurs efforts. De nombreux organismes sont ainsi impliqués tels que le CNRS-INSU, l’IRD, le CNES et IFREMER pour la France, la NOAA pour les Etats-Unis et bien sur des partenaires béninois et Nigériens. Avions, bateaux, ballons stratosphériques, satellites, instruments sol, tous les moyens de collecte de données sont mobilisés pour permettre une analyse complète du phénomène. C’est dans ce contexte qu’une douzaine de journalistes Européens et Africains s’est rendue sur place au début du mois de juillet.

5 juillet

Arrivée tardive sur Cotonou et transfert à l’hôtel où nos hôtes africains et quelques scientifiques déjà présents nous accueillent. Ce premier contact en sol béninois est l’occasion de constater que la mousson n’est pas encore installée sur la région, en retard de deux semaines environ. Le groupe apprend également avec regrets qu’il ne sera pas possible de visiter le navire Atalante de l’Ifremer, celui-ci n’ayant pu accoster à cause de l’indisponibilité temporaire du quai d’appontement.

6 juillet

La journée débute par la visite des sites de lâchers de ballons depuis l’aéroport de Cotonou. Un ballon latex de radiosondage qui effectue des mesures de pression, température et humidité tout au long de sa phase ascendante est équipé et lancé devant le groupe, puis, depuis l’aéroclub, c’est un ballon du CNES qui lui peut effectuer un vol plafond sur plusieurs centaines de kilomètres, qui quitte le sol avant qu’un violent orage ne précipite tout le monde dans les bus.

Malgré une quantité de pluie phénoménale en l’espace de quelques minutes, nos spécialistes nous indiquent qu’il ne s’agit pas d’une ligne de grain typique de la mousson. Les lignes de grain se caractérisent en effet par leur ampleur (jusqu’à 1000 kilomètres de large) et leur durée (plusieurs heures à plusieurs jours). Une ligne de grain peut ainsi déverser jusqu’à 150 mm d’eau lorsqu’on sait que la pluviométrie annuelle est de 1200 mm au Bénin et 500 mm au Niger ! Le reste de la journée est occupé à rejoindre la ville de Djougou bien plus au Nord.

7 juillet

Après les ballons, le moment est venu de découvrir la contribution des radars. Les radars Ronsard, X-port et lidars sondent de façon systématique les couches de l’atmosphère pour détecter l’arrivée des orages ou lignes de grain. Dès qu’un écho intéressant est enregistré, le cycle de mesure s’intensifie et l’alerte est donnée pour que les équipes de terrain sortent faire leurs mesures au moment ou tout le monde court s’abriter ! Le groupe reprend ensuite la route pour Parakou, toujours au Nord.

8 juillet

Il est temps de continuer la route septentrionale vers la frontière avec le Niger. L’occasion aussi de mesurer la mutation progressive de végétation, passant d’une savane arborée et forêt primaire à des terres beaucoup plus arides.

Accueil à Niamey avec un nouvel orage : ce sera le seul, avec celui de Cotonou, qui sera constaté pendant le voyage : bien moins de pluies que la saison ne devrait fournir habituellement !

9 juillet

Direction Banizoumbou pour découvrir différents sites équipés de senseurs, pluviomètres, courantomètres ... Sur ces sites pilotes, avec des échantillonnages locaux et régionaux, tous les paramètres liés aux manifestations de la mousson sont mesurés, collectés en temps réel et télétransmis (balises Argos) ou relevés régulièrement.
Les orages localisés de la veille sont le signal qu’attendaient les paysans pour planter leurs graines de mil. Il faut en effet que le sol soit humide sur 25 cm pour que la germination s’effectue dans l’attente espérée des nouvelles pluies. La plantation est cette année tardive et laisse augurer d’une récolte médiocre.

10 juillet

C’est maintenant le tour des moyens aéroportés. L’aéroport militaire de Niamey accueille en effet les équipes des avions scientifiques, ainsi qu’une autre équipe du CNES et une installation radar américaine.
Les deux Falcon français et allemands finissent leur vol matinal tandis que l’ATR 42 se prépare à décoller avec à son bord les scientifiques, l’œil rivé sur leurs ordinateurs reliés aux instruments de mesure disposés en différents points de la carlingue. But de cette sortie : aller mesurer le front entre l’air sec venant du Sahara et l’air humide méridional.
Cette journée est aussi marquée par le lancement officiel de la nouvelle campagne de mesure SOP 2, après le succès avéré de SOP 1 (mai-juin 2006)

11 juillet

La visite du laboratoire CERMES d’étude et de suivi des risques sanitaires et épidémies (méningites, paludisme ...) permet de comprendre combien la campagne AMMA, au-delà de ses objectifs scientifiques, peut se révéler importante. En effet, un couplage évident s’opère entre le climat régional et l’arrivée et la propagation de maladies virales.

Le voyage prend fin. Tout le monde à pu constater de visu l’intensité de l’effort déployé pour mesurer et mieux comprendre la mousson africaine. Le discours clair de tous les scientifiques internationaux et le soutien manifeste de leurs homologues africains ont permis à chacun d’appréhender pleinement la pertinence de ces études, non seulement pour améliorer nos connaissances climatiques et nourrir des modèles de prévision, mais aussi pour apporter des outils d’aide à la décision face à des problématiques de santé, de sécurité alimentaire et de ressources en eau.


ALBUM PHOTOS

Le 6 juillet 2006, à l’aéroport de Cotonou, Bénin...

Le 7 juillet 2006,à Djougou, Bénin...


Le 8 juillet 2006, en allant vers la frontière du Niger...

Le 10 juillet, 2006, à l’aéroport militaire de Niamey...

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